JPMorgan et Schwab bloquent les agents IA externes. Microsoft donne un compte aux siens
Dimon : « on ne veut pas d'agents voyous ». Schwab : « nous ne l'autoriserons pas ». Pendant ce temps, ChatGPT agit dans tes onglets. Ce que ça change pour ton agent.
Mardi 13 octobre, pendant la présentation des résultats de JPMorgan, Jamie Dimon a dit que la banque n’accepterait pas « n’importe quel agent externe » : « Vous ne voulez pas d’agents voyous, et il pourrait y en avoir des milliers »[1]. Jeudi 15, le patron de Schwab, Rick Wurster, a dit la même chose sans métaphore : un « agent » (une IA qui agit à ta place) qui vient se connecter au site avec les identifiants du client, c’est non[2].
Le 15 aussi, Microsoft annonçait l’inverse pour ses propres agents : un compte à eux, avec leurs identifiants et des permissions limitées[4].
Pour toi qui utilises ou construis des agents : la question de la semaine n’est pas « que sait faire l’agent ? » mais « sous quelle identité agit-il, et qui répond si ça tourne mal ? ».
À retenir en 3 points :
- 13 et 15 octobre : JPMorgan puis Schwab disent bloquer les agents externes qui se connectent avec les identifiants du client (identifiant + mot de passe)[1], [2].
- 15 octobre : Microsoft ouvre en préversion les « comptes d’agent » dans Copilot Studio : l’agent agit avec ses propres identifiants, et son travail est attribué à lui, pas à un humain[4].
- Si ton agent se connecte à des sites tiers avec les identifiants d’un utilisateur, prévois dès maintenant une autre voie : cette porte est en train de se fermer. Le détail est dans « Lundi matin ».
I.Le gros truc — un agent n’a pas le droit d’emprunter ton identité
NEUF L’édition #22 racontait des agents de code piégés par une faille. Cette semaine, ce n’est plus une faille : ce sont des décisions de direction, prises en public, sur une question simple : qui a le droit d’agir au nom d’un client ?
13 octobre : JPMorgan. Selon Fortune, Dimon a dit pendant l’appel sur les résultats du troisième trimestre que la banque ne laisserait pas entrer « n’importe quel agent externe », trop risqué pour les clients et pour la banque. Une porte-parole précise la règle : pas d’agents tiers qui obtiennent les identifiants bancaires du client pour se connecter à sa place ; en revanche, la banque dit soutenir le partage de données que le client autorise, via des prestataires d’« open banking » (des intermédiaires agréés qui relaient tes données sans ton mot de passe)[1]. Cybernews, cité par The Next Web, ajoute que certains outils peuvent déjà consulter un solde, mais pas envoyer d’argent ni payer de factures[3].
15 octobre : Schwab. Sur l’appel de résultats, Wurster a dit que Schwab bloque les agents externes qui se connectent au nom d’un client ou qui pilotent un navigateur à sa place, et oriente les clients vers son propre assistant, Charley. Selon American Banker : « nous ne l’autoriserons pas »[2]. 16 octobre : à Bloomberg Television, il dit voir ces blocages chaque semaine, les gros agents étant arrêtés « par dizaines » selon la reprise de The Next Web (je n’ai pas vu l’interview elle-même), et il demande, si ça tourne mal : « qui est responsable ? »[3].
Le déclencheur : Meta Muse. Meta a lancé en septembre cet agent personnel (e-mails, voyages, agenda). Via Plaid, un service qui relie une appli à tes comptes bancaires, il peut lire soldes et placements pour te conseiller. Meta n’a pas dit s’il pourrait continuer si d’autres banques bloquent[1]. Muse est nommé par Schwab parmi les agents bloqués[3].
Tim Welsh, analyste cité par American Banker : un agent externe « travaille pour le client », Charley « travaille pour Schwab ».
Un chiffre sur l’enjeu. Tim Welsh (Nexus Strategies) pointe les comptes où dorment les liquidités des clients de Schwab en attendant d’être placées, environ 493 milliards de dollars : un agent indépendant pourrait les déplacer vers des placements mieux payés. Wurster dit que les clients qui utilisent l’IA pour trader gardent davantage de cash chez Schwab[2]. Le risque est réel, et la banque a aussi un intérêt : un agent qui optimise ton cash fait fuir le sien. Schwab prévoit des « serveurs MCP » (une prise officielle où un outil d’IA se branche selon les règles de la banque) pour consulter soldes et recherches, sans bouger l’argent[3].
L’autre modèle, côté Microsoft. Microsoft décrit ses « comptes d’agent » : l’agent travaille dans Microsoft 365 « avec ses propres identifiants, comme le ferait une personne », avec des permissions limitées plutôt que celles d’un humain, et son travail lui est attribué, ce qui permet de distinguer ce qu’il a fait de ce que font les humains[4]. Le tout arrive par le programme Frontier (accès anticipé) ; Microsoft annonce elle-même que d’autres politiques d’accès et contrôles arrivent « dans les prochains mois »[4].
Ce que NeoTeo rapporte de la préversion, d’après la documentation Microsoft (non revérifié ligne à ligne) : l’agent ne répond qu’à l’intérieur de l’entreprise, ne lit pas les documents classés « Confidentiel », et sa mémoire est partagée entre ses utilisateurs, sans cloison : ce qu’un collègue lui confie peut ressortir chez un autre[5].
Et en face, OpenAI. Le 15 octobre, l’extension Chrome de ChatGPT a reçu un mode « Work » qui peut contrôler tes onglets : envoyer des messages, remplir des formulaires, télécharger des fichiers, y compris sur des pages où tu es déjà connecté[6]. Les articles que j’ai lus ne disent pas si le mode se retient sur les sites bancaires. C’est précisément la zone que les banques disent vouloir fermer. Mon verdict : tant qu’OpenAI ne l’écrit pas noir sur blanc, ne l’utilise pas sur ton espace bancaire ni sur un outil où tu es connecté·e avec des droits larges.
Ma lecture. Deux conceptions de l’identité d’un agent apparaissent en quarante-huit heures. Celle de l’agent qui se fait passer pour toi (tes mots de passe, ton navigateur), que deux banques refusent publiquement. Et celle de l’agent avec son propre badge, ses droits limités et un journal de ce qu’il fait, que Microsoft construit pour l’intérieur de l’entreprise. Aucune ne règle la question de Wurster : qui est responsable ? Aux États-Unis, la loi sur la responsabilité des agents est encore en débat au Congrès[3]. Deux banques l’ont dit en public. Les autres n’ont encore rien dit.
- Si tu utilises des agents ou extensions IA (pas besoin d’être dev) : ne leur donne jamais le mot de passe de ta banque ni de tes outils sensibles. Si l’extension ChatGPT pour Chrome te laisse limiter les sites où elle agit, exclus ta banque, ta compta et tes outils d’admin ; sinon, désactive-la quand tu es connecté·e dessus.
- Si ton produit a un agent qui agit sur des services tiers : liste les endroits où il se connecte « comme l’utilisateur » (mot de passe stocké, navigateur piloté). Pour chacun, note s’il existe une voie officielle : une API (la prise prévue par le service), OAuth (une autorisation limitée, sans donner le mot de passe) ou un serveur MCP. C’est ta dette d’accès.
- Donne à ton agent sa propre identité : un compte distinct, des droits en lecture par défaut, et un journal qui dit « l’agent a fait X » plutôt que « l’utilisateur a fait X ».
- Décide à l’avance ce que l’agent ne fait jamais seul (déplacer de l’argent, supprimer, envoyer à l’extérieur) : confirmation humaine obligatoire. Le cadre de responsabilité est dans l’édition #24.
II.Deux signaux qui valent ta semaine
Signal 1 — Anthropic annonce 16,8 milliards au troisième trimestre, et la question de la définition revient
14 octobre. Lors de sa journée avec les investisseurs, Anthropic a indiqué 16,8 milliards de dollars de revenu pour le troisième trimestre, selon le Financial Times (même chiffre chez Reuters et Bloomberg), contre environ 11,6 milliards au deuxième (Reuters) : environ +45 %. Anthropic n’a rien publié ; les chiffres viennent de participants à la réunion[7]. Mon calcul : multiplié par quatre, ça donne environ 67 milliards sur un an, mais l’article ne dit pas si les ventes via les partenaires cloud sont comptées. C’est la différence de méthode qui avait fait passer le chiffre d’OpenAI de 70 à 50 dans l’édition #25. Anthropic dit aussi être rentable sur une base « ajustée » (certains coûts exclus, lesquels n’est pas dit) ; The Next Web ne donne aucune marge[7].
Pour toi : rien à faire cette semaine. Attends le prospectus (le document officiel de l’introduction en bourse, possible à partir de la semaine du 9 novembre selon Bloomberg, dates « fluides ») et lis d’abord la définition du revenu.
Signal 2 — Nvidia sort des modèles d’agents que tu peux faire tourner chez toi
Un agent hébergé chez toi n’envoie rien à personne. Le 15 octobre, Nvidia a publié Nemotron 3.5, des modèles présentés comme « ouverts », dont un annoncé pour tenir sur un gros PC ou un serveur modeste (24 Go de mémoire), et un plus petit prévu le 23 octobre. Un classement indépendant (Artificial Analysis) les place derrière les plus gros modèles du même constructeur. La licence n’est pas précisée dans ma source : à vérifier avant tout usage[8].
Pour toi : si ton équipe technique doit traiter des données clients avec un agent, demande si un modèle de ce type, hébergé chez vous, peut faire l’affaire. Un score d’indice ne dit rien de ta tâche : teste-le sur 20 cas réels (méthode dans l’édition #23).
III.Vrai ou faux ?
L’idée qui circule : « les banques interdisent l’IA à leurs clients ».
Verdict : faux. JPMorgan dit construire ses propres outils d’agents (Dimon : « nous construisons aussi des outils pour ça ») ; Schwab a lancé Charley et met Claude for Advisors (un assistant IA pour conseillers) à disposition de plus de 16 000 conseillers indépendants[1], [2]. Ce qu’elles refusent, c’est l’agent externe qui se connecte avec les identifiants du client. Pour toi : ce que les banques ferment, c’est la porte, pas l’IA.
IV.La semaine prochaine
23 octobre. Sortie annoncée de Nemotron 3.5 Bolt E4B.
Semaine du 9 novembre. Le calendrier possible du marketing de l’introduction en bourse d’Anthropic. Lis d’abord la définition du revenu.
À très vite,
Niss
Tu as aimé cette édition ? Transmets-la à la personne de ton équipe qui décide ce que ton agent a le droit de faire. Tu n’as pas aimé ? Réponds-moi directement — chaque réponse arrive dans ma boîte mail.
Références
- Fortune, « Jamie Dimon, AI agents, Meta Muse, JPMorgan » — 15 octobre 2026 (appel sur les résultats du 13 octobre).
- American Banker, « Schwab blocks unauthorized AI agents, points clients to Charley » — 15 octobre 2026, mis à jour le 16.
- The Next Web, « Schwab and JPMorgan are blocking AI agents from moving customer money » — 16 octobre 2026 (reprend Bloomberg Television et Cybernews).
- Microsoft, Copilot Studio, « Delegate shared business processes to agents that are more persistent and proactive » — 15 octobre 2026.
- NeoTeo, « Microsoft announces persistent agents for Copilot Studio » — 16 octobre 2026 (cite la documentation Microsoft ; limites de la préversion non revérifiées).
- PPC Land, « ChatGPT gains control of Chrome tabs to fill forms and send messages » — 16 octobre 2026 (annonce OpenAI du 15 octobre, relayée par 9to5Google).
- The Next Web, « Anthropic tells investors Q3 revenue reached $16.8bn, FT reports » — 15 octobre 2026 (FT, Reuters, Bloomberg ; chiffres non publiés par Anthropic).
- Let’s Data Science, « NVIDIA Expands Nemotron 3.5 With Super VL and Bolt » — 15 octobre 2026 (renvoie au blog Nvidia et à Artificial Analysis).